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LE BÂLE DU GLAUCOME 3
COMPTE RENDU DU CONGRES DE BÂLE 19-20 MARS 1999
Le dernier congrès organisé à Bâle a permis de faire le point sur le traitement médical du glaucome et en particulier sur les avancées pharmacologiques et physiopathologiques nouvelles dans le domaine de la neuroprotection. Plusieurs travaux ont été, présentés ceux de N. Osborne (Oxford) avec des résultats expérimentaux chez lhomme et chez lanimal, ceux dun neuro-biologiste B. Hicks (Strasbourg) et enfin un tour dhorizon des perspectives actuelles par A. Bron (Dijon). |
Quest ce que la neuroprotection ?
La neuroprotection découle de la théorie neurogène du glaucome. Après les théories mécanique et vasculaire, on sintéresse de plus en plus à une nouvelle approche de la neuropathie glaucomateuse. Celle-ci serait dûe à une dégénérescence progressive des cellules ganglionnaires. De nombreux travaux attestent de la réalité de cette mort cellulaire programmée dans la pathologie oculaire glaucomateuse avec comme corollaire lapparition dun déficit du champ visuel.
Lapoptose ou comment meurent les cellules ganglionnaires ?
En 1980, Quigley a montré
chez le singe présentant un glaucome expérimental que les cellules
ganglionnaires de la rétine étaient altérées
au niveau de leur morphologie. Les noyaux des cellules sont fragmentés,
les cytoplasmes contractés, aboutissant à la disparition des
cellules sans réaction inflammatoire et sans trace apparente. Cest
lapoptose. N. Osborne nous rappelle que ces découvertes initiales
ont été confirmées sur dautres modèles
expérimentaux de glaucome utilisant les techniques de marquage les
plus récentes. B. Hicks nous a rappelé que les
phénomènes de mort cellulaire jouent un rôle également
dans le développement du système nerveux central. Pendant la
vie embryonnaire de nombreuses cellules disparaissent par un processus
dapoptose. Les cellules ganglionnaires en excès peuvent être
éliminées. Les neurotrophines jouent un rôle important
dans la survie des neurones.
La mort des cellules ganglionnaires
liée à lapoptose présente deux phases : la
phase initiale est induite par de nombreux stimuli qui peuvent être
chimiques ou physiques. La phase secondaire est provoquée par les
neurotoxiques endogènes ou exogènes.
Le point de vue dun neuro-biologiste sur le rôle des facteurs de croissance
B. Hicks a souligné le
rôle joué par les facteurs de croissance dans la survie cellulaire.
Les facteurs de croissance sont des protéines qui interviennent dans
la croissance et la prolifération des cellules. Pour les neurones,
il sagit dun facteur de croissance nerveux appelé NGF
(Nerve Growth Factor). Il est secrété par les cellules
innervées par ces neurones. Il fait partie du même groupe de
facteurs de croissance tel le facteur neurotrophique du cerveau ou BDNF
(Brain Derived Neurotrophic Factor) ; le BDNF est secrété
par les cellules cibles du cerveau quand les cellules ganglionnaires entrent
en contact avec elles. Cest par transport axonal rétrograde
quil est conduit vers le corps cellulaire. La survie de ces cellules
devient ainsi dépendante de ce facteur.
Donc dans lhypothèse neurogène, linterruption du
flux des facteurs neurotrophiques pourrait entraîner lapoptose
des cellules ganglionnaires par blocage du transport axonal rétrograde
chez lhomme, quil sagisse dun écrasement des
fibres (théorie mécanique) où dun écrasement
des vaisseaux (théorie vasculaire) ; la cellule ganglionnaire
serait privée des facteurs de survie indispensable à son
activité. La seconde phase de lapoptose ou mort cellulaire est
induite par les neurotoxiques libérés lors de la phase de
dégénérescence initiale.
Laction des neurotransmetteurs
Cest au niveau des synapses que les neurotransmetteurs jouent un rôle pour transmettre le signal neuronal de cellule en cellule. La libération de neurotransmetteurs à ce niveau est liée à la modification du potentiel électrique transmenbranaire qui dépend des canaux ioniques. Il existe des neurotransmetteurs excitateurs comme lacétylcholine ou le glutamate qui ouvrent les canaux cationiques (Na+). A linverse les neurotransmetteurs inhibiteurs ouvrent les canaux anioniques (Cl-) cest le GABA ou glycine. Dautres sont contrôlés par le glutamate, ce sont les canaux du récepteur NMDA. Ces canaux sont très perméables aux ions Ca++. On peut souligner ici le rôle de ces neurotransmetteurs excitateurs. En concentration trop importante, ils pourraient induire une mort cellulaire programmée dans un certain nombre de maladies neurologiques et en particulier dans la glaucome ; cest souligner également le rôle du glutamate et du calcium intra cellulaire. En effet, de nombreux stimuli dont lischémie peuvent libérés en abondance le glutamate qui se concentre dans lespace extra-cellulaire. Les récepteurs NMDA sont alors activés favorisant ainsi la concentration importante de calcium intra-cellulaire doù libération de radicaux libres qui augmentent encore la concentration en glutamate toxique pour la cellule et aboutissant à une nécrose cellulaire. De nombreux travaux on pu mettre en évidence chez lanimal la toxicité du glutamate pour les cellules ganglionnaires de la rétine. Ainsi, des rats traités par le glutamate ont permis dobserver une excavation importante de la tête du nerf optique. Des travaux récents ont pu montrer une augmentation importante de la concentration en glutamate dans le vitré de patients présentant un glaucome primitif à angle ouvert. Cette nouvelle approche physiopathologique du glaucome est appelée théorie excito-toxique.
Comment piéger les radicaux libres ?
Parmi les médiateurs de lapoptose, A. Bron a souligné le rôle des radicaux libres doxygène. Ils sont induits par différents stimuli tel que linflammation, mais surtout par lischémie. De nombreux enzymes telles que les catalases, peroxydases, ou superoxydes dismutases et des piégeurs de radicaux libres comme les vitamines C, E et le produit du gène bcl2 constituent des défenses naturelles de lorganisme contre ces toxiques. Lactivité délétère des radicaux libres peut ainsi être inhibée permettant dappréhender une nouvelle approche thérapeutique du traitement médical du glaucome.
Quoi de neuf à lhorizon ?
Le traitement idéal du
glaucome consisterait à abaisser la pression intra-oculaire, à
augmenter le flux sanguin oculaire et à préserver les
photorécepteurs et les cellules ganglionnaires du risque dapoptose.
Comme nous lavons vu, les piégeurs de radicaux libres pourraient
induire une neuroprotection. Ainsi la superoxyde dysmutase, en piégeant
lanion superoxyde libéré lors de lischémie,
permet la recapture du glutamate extra-cellulaire. Dautres voies de
recherche sont liées aux différents mécanismes de blocage,
soit des récepteurs NMDA, soit des canaux calciques. Cest
leffet neuro-protecteur recherché induit par la baisse de la
concentration intra-cellulaire de calcium, élément majeur pouvant
déclencher lapoptose des cellules ganglionnaires de la
rétine.
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