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   REGARDS - COCNet pour le Printemps des Poëtes 2000L'oeil ne voit rien si l'esprit est distrait.   Proverbe français

Les yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.

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Chacun de nous ignore la couleur de l'iris de presque tous ses amis. L'oeil est regard : il n'est oeil que pour l'oculiste et pour le peintre.

André Malraux
Les voix du silence

Lorsque tu fermeras mes yeux a la lumière,
Baise-les longuement, car ils t'auront donné
Tout ce qui peut tenir d'amour passionné
Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.

Emile Verhaeren

LES YEUX OUVERTS

Quand les filles mangent
Loin d'elles on pense
A leur fines fourrures cachées
Aux doigts joints vers un visage
A l'eau qui sur le corps
Ruisselle, glace
Aux douces mains opérant
Une besogne fangeuse
A des bêtes mourant
Avec la vue
De leurs yeux larges ouverts.

Jean Follain (1903-1971) Présent jour

L'oeil...Tout l'univers est en lui, puisqu'il voit, puisqu'il reflète. Il contient l'univers, les choses et les êtres, les hommes et les bêtes, les couchers de soleil, les étoiles, les arts, tout, tout, il voit, cueille et emporte tout; et il y a plus encore en lui, il y a l'âme, il y a l'homme qui pense, l'homme qui aime, l'homme qui rit, l'homme qui souffre!

Guy de Maupassant Le Horla
chez.com/oeil83/

Depuis quelque temps, son affection de la vue ayant empiré, il avait été doté - aussi richement qu'un laboratoire - de lunettes nouvelles : puissantes et compliquées comme des instruments astronomiques, elles semblaient vissées à ses yeux; il braqua sur moi leurs feux excessifs et me reconnut. Elles étaient en merveilleux état. Mais derrière elles j'aperçus, minuscule, pâle, convulsif, expirant, un regard lointain placé sous ce puissant appareil, comme, dans les laboratoires trop richement subventionnés pour les besognes qu'on y fait, on place une insignifiante bestiole agonisante sous les appareils les plus perfectionnés.

Marcel Proust  La Prisonnière
www.cocnet.org/mv/

Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh ! qu'ils aient perdu le regard,

Non, non cela n'est pas possible!
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible;

Et comme les astres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux,
Les yeux qu'on ferme voient encore.

Sully Prudhomme (1839-1907) Stances: la vie intérieure

La vie commence là où commence le regard.

Amélie Nothomb Métaphysique des tubes

LES YEUX FERTILES

On ne peut me connaître
Mieux que tu me connais
Tes yeux dans lesquels nous dormons
Tous les deux,
Ont fait à mes lumières d'homme
Un sort meilleur qu'aux nuits du monde.
Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre.
Dans tes yeux ceux qui nous révèlent
Notre solitude infinie
Ne sont plus ce qu'ils croyaient être.
On ne peut te connaître, mieux que je te connais.
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens
Elle a la forme de mes mains
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir,
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils...

Paul Eluard (1895-1952) Mourir de ne pas mourir

Il n'est pour voir, que l'oeil du maître.

Jean de La Fontaine  Fables

Les yeux lointains

Chers yeux si beaux qui cherchez un visage,
Vous si lointains, cachés par d'autres âges,
Apparaissant et puis disparaissant
Dans la brise et le soleil naissant,

Et d'un léger battement de paupières,
Sous le tonnerre et les célestes pierres
Ah ! protégés de vos cils seulement
Chers yeux livrés aux tristes éléments.

Que voulez-vous de moi, de quelle sorte
Puis-je montrer, derrière mille portes,
Que je suis prêt à vous porter secours,
Moi, qui ne vous regarde qu'avec l'amour.

Jules Supervielle (1884-1960) Le Forçat innocent

"....une étrange et impitoyable glace à pieds quadrangulaire, barrant obliquement un des angles de la piece, se creusait à vif dans la douce plénitude de mon champ visuel accoutumé un emplacement qui n'y était pas prévu; où ma pensée, s'éfforçant pendant des heures de se disloquer, de s'étirer en hauteur pour prendre exactement la forme de la chambre et arriver à remplir jusqu'en haut son gigantesque entonnoir,..."

Marcel Proust

Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d’exclure de son attention le reste de son champ de vision. C’est en quoi le regard, qui est l’essence de la vie, est d’abord un refus.

Amélie Nothomb  Métaphysique des tubes

MOTS COMPOSES

Un regard gris qui se borde de noir,
mettant à l'oeil message de faire-part,
des nuages bas qui se cernent de soir,
cet air triste qui commence à faire peur,
l'espérance rosée qui se garde de choir,
pour qu'aucun jour ne puisse plus faire pire

Une prunelle verte qui se teinte d'espoir,
offrant à l'avenir une vue d'avant-garde,
des idées larges emplies de bon vouloir,
des sentiments comme des voix d'avant-guerre,
garnissant d'images que l'on aimerait voir,
et dégustant par avance une voie d'avant-goût

Une paupière qui se nacre de moire,
dotant l'oeil d'un éclat qu'elle entretient,
comme l'aura d'un héros qui se couvre de gloire
tardive, quand les adversaires se sont entretués ;
et les lueurs d'une aube qui pousse à croire
qu'une branche au ciel servirait d'entretoise

Un regard clair qui se sait miroir,
affirmant d'un appel la contremarque,
désir qui s'offre et le fait savoir
avec la fermeté d'un contremaître,
mais la patience lente qui pousse à s'asseoir
au bord adouci d'un bois de contremarche

Un oeil qui finit par s'emplir d'histoire,
avec de grandes visions de faux prophète,
un esprit qui se gorge de mémoire,
avec de vastes idées de faux problême,
des mains qui se targuent de grimoire,
avec d'amples traces de faux profils...

Jacques Blais Souvent pire
exmed.org

oeil DR GN natal@mail.md

Combien d'hommes profondément distraits pénétrèrent dans des trompe-l'oeil et ne sont pas revenus.

Jean Cocteau  Les enfants terribles

"Quelle confiance faire aux anciens qui ont méconnu tant de choses connaissables par l'expérience! L'oeil qui offre la preuve si évidente de ses fonctions, a été défini par d'innombrables écrivains d'une certaine façon. Mais l'expérience me montre qu'il fonctionne de façon différente."

Léonard de Vinci   Codex Atlantico folio 361 verso

Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais, dans l'oeil du vieillard, on voit de la lumière.

Victor Hugo   La légende des siècles

"Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil."

Joseph Joubert (1754-1824)

Un bon avis vaut un oeil dans la main.   Proverbe français

De la vue naissent mille désirs ; c'est dans l'oeil, dit-on, que la gloutonnerie a son principe.

Abu Shakour
[ Poète persan Xème siècle]


Site syndiqué 2005 : Défense de saliver des yeux !

LES YEUX D'ELSA

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir s'y mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés,
Tes yeux sont si profonds que j'y perd la mémoire.

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure.

Une bouche suffit au mois de Mai, des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les " hélas ! "
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux.

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août.

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé, reperdu,
Tes yeux sont mon Pérou, ma Colconde, mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que des naufrageurs enflammèrent,
Moi, je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa... les yeux d'Elsa... les yeux d'Elsa ...

Louis Aragon (1897-1982) Elsa

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Les gens myopes d’un oeil, presbytes de l’autre, et qui louchent par surcroît, sont Les rêves de nicolas Ribol

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impardonnables de ne pas voir ce qui se passe autour d’eux. 

Pierre Dac

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