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forum.gifCompte-rendus - Autonomie dans la vie journalière (AVJ)
Ariba, Nantes, 22 et 23 novembre 2002

L’AVJ : autonomie dans la vie journalière des personnes déficientes visuelles

Pour nous, les bien-voyants, rien n’est plus banal que le quotidien. Nous avons nos repères faciles, cette aisance à surfer du regard sur les mille petits détails proches ou à distance qui nous entourent, nous permettent d’agir, en même temps qu’ils nous contiennent. Dès lors on se pose peu de questions, on oublie, on s’habitue. Les choses vont de soi et deviennent d’une telle évidence qu’elles nous embarquent dans des défauts d’attention à ce que la vie peut avoir de difficile, de compliquée, notamment pour les personnes déficientes visuelles. Tenez ! Si durant ce congrès vous en avez la possibilité je vous invite à…jeter un œil du côté du stand de présentation de l’AVJ, et à vous prêter aux petites expériences proposées sous lunettes de simulation ou sous bandeau. Peut-être ferez-vous alors quelques petites découvertes sur la facilité ou non, lorsqu’on est malvoyant ou aveugle, de se faire un thé, de se servir à boire, d'éplucher les légumes ou les fruits, de cuisiner, de manger des petits pois, de nettoyer la table, de choisir un disque et de l’écouter, de choisir ses vêtements, de faire sa toilette, de faire ses courses, de manipuler l’argent, de gérer un budget, de lire, d'écrire, de téléphoner, de ranger, de faire son lit, de passer l’aspirateur, de jouer à la belote ou aux dames, etc.

Face à ces multiples situations qu’il est impossible d’énumérer complètement, l’AVJ propose un ensemble de techniques spécifiques permettant à la personne déficiente visuelle de développer ses compétences pratiques dans tous les domaines de la vie quotidienne, et ainsi conquérir ou de reconquérir son autonomie personnelle. AVJ comme « autonomie de la vie journalière », mais nous pourrions trouver d’autres déclinaisons comme activités, aides, adaptations, accès, apprentissages de la vie journalière. La démarche s’intègre bien sûr à la vie de tous les jours, elle se construit également autour de séances individuelles de rééducation, en fonction des possibilités et des besoins repérés auprès des personnes. Dans tous les cas, ces besoins ont trait à des attitudes initiées par l’absence partielle ou totale de la vision : par exemple le manque d’aisance dans les gestes et les mouvements simples, le manque d’aisance dans la prise des repères utiles au sein de l’environnement, le manque d’aisance dans l’organisation des perceptions sensorielles ; ajoutons à cela le besoin de sécurisation qui peut légitimement accompagner, plus ou moins massivement, ces différentes manifestations.

Les rééducateurs « avéjistes », comme on les appelle dans notre jargon, modulent leurs interventions suivant les personnes auxquelles ils s’adressent. Les propositions destinées aux enfants sont bien entendu différentes de celles concernant les adultes ou les personnes âgées. De même, ces propositions sont liées à leurs contextes d’application : établissements spécialisés du secteur médico-éducatif et scolaire, services d’intégration scolaire ou professionnelle, aide à domicile, maisons de retraite, sans oublier les nouveaux dispositifs qui tendent à se développer actuellement : centres basse vision, sites de vie autonome, services d’aides aux aînés, par exemple. Vous devez commencer à vous dire que les avéjistes pullulent un peu partout ; enfin… nous n’y sommes pas encore ! Mais il est vrai qu’à travers les activités et les communications des différents services ou établissements, une prise de conscience semble émerger sur cette nécessité de développer des moyens et des aides techniques adaptés, afin d’améliorer la vie quotidienne et le bien-être des personnes déficientes visuelles, à tous les niveaux. Il en va pour elles d’une meilleure autonomie, d’un renforcement de leur propre dignité et, par là-même, d’une meilleure intégration sociale. Notons que le développement de ces moyens procède d’une indispensable complémentarité entre les différents professionnels, l’avéjiste se situant en effet quasi systématiquement en relais des indications ophtalmologiques et orthoptiques.

Comment s’étayent les propositions en AVJ ?

Lorsqu’une personne se voit proposer une rééducation AVJ, l’intervention s’inscrit généralement dans une démarche globale : analyser la demande, renforcer le développement sensoriel de compensation, aider à l’appropriation de techniques gestuelles et comportementales spécifiques et proposer des moyens palliatifs adaptés (matériel, aides optiques, adaptations etc.)

Analyser la demande
Analyser la demande à partir des désirs (et des plaisirs) de la personne : que souhaite t-elle au sujet de sa vie quotidienne propre ? de quoi a-t-elle besoin ? Quels sont ses objectifs ?
Analyser la demande à partir de ses capacités visuelles : prise en compte des éléments ophtalmologiques et orthoptiques, du dire et des attitudes de la personne dans sa manière de gérer ses potentialités visuelles.
Analyser la demande à partir des autres paramètres de sa situation personnelle : aptitude et aisance physique, centres d’intérêt et motivations, sources de bien-être, dispositions psychologiques…

Renforcer le développement sensoriel de compensation
C’est par nos sens que nous sommes réceptifs et, nous le savons, la vue occupe une place ultra dominante dans nos processus de perception (80 % de nos représentations mentales). Lorsque la vue vient à manquer, ou subit une importante altération, c’est l’ensemble du crible perceptif de l’individu qui doit se réorganiser pour pallier la déficience. En rééducation, l’avéjiste aide la personne à porter une attention particulière à toutes ses perceptions, et à les gérer, lui permettant ainsi de compenser les manques d’informations liés à la perte visuelle. Ces perceptions sont initiées par les sensations extéroceptives (extérieures au corps), qui correspondent au cinq sens que nous distinguons traditionnellement : la vue (lorsqu’il est bien sûr possible de solliciter ce potentiel), le toucher, l’ouïe, le goût et l’odorat. Ces perceptions sont également initiées par les sensations intéroceptives : thermiques, viscérales, circulatoires, articulaires et musculaires, qui nous renseignent avec finesse sur nos tensions internes mobilisées dans nos mouvements et dans nos actions : pesages et dosages par exemple, pressions, équilibre, contraction/décontraction, fluidité gestuelle, etc. Nous manquons évidemment de temps pour entrer dans les détails de cette approche du corps sensible, aussi je vous invite à contempler notre jolie fleur qui relie ce que je viens de vous dire, à des situations concrètes de la vie quotidienne (fleur AVJADV. Power point)

Aider à l’appropriation de techniques gestuelles et comportementales spécifiques
L’absence partielle ou totale de la vision induit nécessairement l’adoption de stratégies de suppléance. Un des premiers travail pour l’avéjiste est d’aider la personne déficiente visuelle à se constituer des repères fiables, non seulement pour mieux cadrer l’amplitude, l’orientation et le contrôle de ses gestes, mais aussi pour renforcer la représentation mentale que la personne se fait de son activité en cours. Cette représentation mentale se construit par des stratégies visuelles d’exploration (suivant les capacités de la personne), par le toucher et les sensations tactiles qui permettent d’identifier des formes, des textures et des volumes et par l’audition qui donne à la fois des repères spatiaux et temporels (les indices sonores pour s’orienter, se déplacer, localiser, identifier, discriminer…). L’exemple de la tenue à table est probant car, à lui seul, ce domaine rassemble de nombreux savoirs-faire qui vont de la gestion du contenu d’une assiette (repères selon la méthode du cadran horaire, le couteau en barrage pour ne plus laisser un grain de riz dans l’assiette…), à des techniques de coupes (fruits, steaks…) qui éviteront la surcharge aux urgences des hôpitaux. De même peut-on penser aux épluchages, aux techniques de dosage, se servir dans le plat ou à boire… Bref, tout un ensemble de petites situations qui, lorsqu’elles sont maîtrisées, permettent à la personne de vivre le repas comme un plaisir et un moment convivial. Nous pourrions énumérer d’autres situations de la vie quotidienne comme, par exemple, les soins personnels, la reconnaissance des pièces de monnaie, les retraits d’argent au distributeur, l’enfilage de la housse de couette… mais, arrêtons-nous là sinon vous allez vous endormir. Disons qu’à travers l’acquisition de techniques gestuelles et comportementales spécifiques, nous aidons la personne à développer des qualités d’ordre, de méthode, et d’organisation.

Proposer des moyens palliatifs adaptés
Comme nous parlions il y a peu de temps de repas et de cuisine, sachez que la dosette à pastis peut devenir un allié incontournable en AVJ, non seulement pour continuer à prendre l’apéro, mais également pour faire la vinaigrette par exemple… Vous l’avez compris, de multiples petites astuces et ustensiles peuvent faciliter le quotidien lorsque la vue ne permet pas ou plus de contrôler les actes. Dans un même ordre d’idées, des domaines comme l’électroménager, l’horlogerie, les appareils de mesure, les jeux de société, la communication écrite, la synthèse vocale ou l’informatique, proposent de plus en plus de produits adaptés.
Prenant en compte les différentes composantes de la déficience visuelle (acuité, champ visuel, perception des couleurs, fatigabilité, tolérance à la lumière…) le rééducateur avéjiste aide efficacement la personne en adaptant également son environnement. Les moyens sont variés et là encore, se déclinent à l’infini.
- La création/amélioration des contrastes, autrement dit rendre visible ce qui se perd dans le fond. Pensez par exemple à l’assiette cerclée d’un liseré, aux verres de couleur plutôt que transparents, aux interrupteurs ou aux poignées de portes, etc.
- L’amélioration des conditions d’éclairage : moduler selon les pathologies, mettre spécifiquement en valeur des objets ou des lieux, éclairage de proximité…
- L’utilisation des aides optiques (loupes, vidéoloupes, monoculaires, casquette…) lorsque ces aides sont maîtrisées grâce à la rééducation basse vision (travail de l’orthoptiste notamment). Le rééducateur avéjiste aide alors la personne à transposer ses acquis lors de sa vie pratique (courses, lecture etc.)
- L’adaptation des supports de lecture/écriture (gros caractères, pupitres, crayons à trait épais, étiquetage etc.)
- Les repères tactiles (bulles autocollantes, pâte à contours…).

Quinze minutes que nous sommes ensemble et je vous en ai dit beaucoup et trop peu à la fois concernant l’AVJ. Plongée dans la vie quotidienne, multiple, infinie et banale… plongée au sein du corps sensible, apprendre ou réapprendre à habiter sa propre maison sensorielle, cet enveloppement de soi-même dans soi-même ; plongée dans des techniques, des comportements spécifiques… plongée également, si l’on y réfléchit bien, au cœur de l’intimité des personnes, qu’elles soient enfants, adultes ou âgées…
L’attention que vous avez bien voulu accordé à ce propos nourrira je l’espère une meilleure connaissance de la rééducation en autonomie de la vie journalière. Je vous remercie.

Vincent Brouard
Président de l'AVJADV


Date de création : 20/01/2005 @ 18:40
Dernière modification : 21/01/2005 @ 00:04
Catégorie : Compte-rendus
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react.gifRéactions à cet article


Réaction n°2 

par Sylvie le 20/03/2006 @ 11:27

Bonjour à tous,

J'ai trouvé votre article tres interessant mais je suis a la recherche de plus amples informations sur l apprentissage, l'autonomie d'une personne devenue subitement aveugle.
Par quoi commencer?
quelles sont les occupation, activités, sports... qu'une personne non voyante puisse pratiquer?
etc..
je vous remercie par avance de me repondre au plus vite car nous sommes un peu perdus...
merci pour votre site.
Sylvie


Réaction n°1 

par Caro le 24/10/2005 @ 22:06

Bonsoir!
Je voulais vous dire que cet article est très interessant et qu'en tant qu'étudiante en ergothérapie celui-ci va bien me servir dans le cadre d'un dossier. Je le trouve assez complet alors merci.
Caro

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