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dossier.gifCécité - Le dossier - Etre aveugle aujourd'hui

Aujourd’hui ou hier, direz-vous peut-être, quelle différence ?

Hier n’ayant aucune ressource ni aucun accès à la culture, les aveugles étaient pour la plupart réduits à mendier ou bien à demeurer reclus, assistés, illettrés le plus souvent, cachés parfois, enfermés au sein de leur famille s’ils avaient la chance d’en avoir une.

Mais tout cela, direz-vous peut-être aussi, c’était au Moyen-Age !…

Non, c’était encore souvent le cas «hier», dans les années 70, vous savez : ces années tant appréciées pour leurs chanteurs «yéyé» ! Pas vraiment loin n’est-ce pas ?

Ce n’est que sous la présidence de monsieur Giscard d’Estaing (loi de 1975) que les aveugles ont enfin pu bénéficier d’une allocation leur permettant de «survivre», dignement disait-on.

Quoi qu’il en soit, grâce à Dieu (ou aux législateurs), aujourd’hui, les aveugles n’en sont plus là… Tout d’abord parce qu’ils ont accès aux études, condition fondamentale pour une insertion sociale, ensuite, parce que, grâce à Dieu (ou aux hommes), les mentalités ont un tant soit peu évolué… Oh, ce n’est pas Byzance ! Les aveugles restent encore trop souvent considérés comme des
sous-hommes ou plutôt, à dire vrai, ils ne sont pas considérés du tout ! Mais enfin, bon an mal an, les aveugles ont su défendre leur cause et gagner une petite place dans la société…

Exception faite de ce statut social ayant tout de même un peu évolué, il n’en est pas moins vrai que, aujourd’hui comme hier, la cécité reste un handicap lourd, difficile à vivre. Ne pas pouvoir contempler un sourire sur le visage de son enfant, déceler une pâleur alarmante ou une rougeur révélatrice, regarder des photos, lire un magazine, conduire sa voiture, choisir son métier, ses lectures, ses vêtements dans une vitrine, ne pas être libre de ses déplacements, etc.… qui oserait dire que la cécité n’est qu’une gêne de vie ?…

De l’enfance à la vieillesse le handicapé visuel doit faire face aux nombreuses difficultés qui jalonnent sa vie : se brûler, se couper, se heurter, tomber, etc, il est x fois plus exposé qu’un valide… Et malgré les avancées indéniables accomplies tant par la médecine que par les nouvelles technologies qui désormais lui sont accessibles, la victime de cécité mène un combat quotidien.

La dernière loi de février 2005 prône l’égalité des droits et des chances mais en réalité, dans les faits, bien du chemin reste encore à parcourir ! Que dire par exemple de la barrière relative à l’âge : si vous devenez aveugle à soixante ans, vous ne serez pas handicapé visuel, vous serez vieux et, en tant que tel, vous ne recevrez pas les allocations auxquelles vous auriez pu prétendre à cinquante neuf ans et demi.

Par ailleurs, si les progrès sont bien réels (matériel adapté et autres GPS), tous ces accessoires restent très onéreux et ne sont pas à la portée de tous puisque, toujours malgré l’intitulé de la loi pour l’égalité de tous, les sommes forfaitaires allouées par l’Etat pour que les déficients visuels puissent accéder à ces nouvelles technologies ne sont attribuées qu’avec grande parcimonie !

De plus, de grandes lacunes restent à combler. Que ce soit au niveau de la télévision (manque total de programmes adaptés, de films ou de pièces de théâtre), que ce soit au niveau de l’opéra où les œuvres en audio description sont extrêmement rares (et encore plus rares les salles équipées de ce procédé), que ce soit au niveau de la lecture où seulement un très faible pourcentage des livres sortants sont traduits en Braille ou présentés en version sonore, la culture à l’égard des déficients visuels ne semble pas encore la préoccupation majeure des concepteurs non plus que du législateur ! Et pourtant, les aveugles aujourd’hui aspirent à cette culture, surtout à la lecture, ce luxe qui leur a si longtemps été refusé.

Mais n’ergotons pas, les aveugles aujourd’hui sont tout de même mieux lotis que leurs grands-parents… Grâce au Braille et maintenant à l’informatique, l’instruction leur permet d’accéder à certains métiers : attaché clientèle, kinésithérapeute, professeur, juriste, standardiste, agent d’accueil, fonctionnaire ou chef d’entreprise voire ministre (en Angleterre), l’éventail des emplois occupés de-ci de-là par des déficients visuels est vaste même si les emplois qui leur sont proposés sur le terrain, eux, restent plus que rarissimes !…

Et, avec ou sans emploi, les aveugles aujourd’hui bougent. Ils ne sont plus cloîtrés dans les maisons, ils sortent, voyagent, font du sport, ne sont plus une charge pour les familles, ils ont accès au monde !

Au monde ?… Quel monde ?

Celui du bruit et du danger, celui des trottoirs encombrés de poteaux, de parcmètres, de plots, de poubelles, de voitures garées n’importe comment, celui des enseignes lumineuses, celui du visuel, du virtuel, celui du «chacun pour soi»!

Il est de mode aujourd’hui de «jouer» à l’aveugle… Restaurants dans le noir, «Les yeux grand-fermés» du Futuroscope, chambres obscures, les exemples ne manquent pas où les valides, par ces courtes plongées dans le noir total, tentent de se représenter ce que peut bien vouloir dire ce mot terrible «cécité». Mais, fort heureusement pour ces courageux, l’expérience est de courte durée ! Peut-on imaginer ce qui se cache sous ce terme «aveugle» dans la rue au milieu de la circulation ? Yeux bandés, qui donc irait affronter la foule ?

Les aveugles ! Les aveugles direz-vous peut-être encore enfin, ils ont l’habitude, eux !…

Non. L’habitude, ils ne l’ont jamais. En revanche, la peur, elle, est omniprésente. Peur des sons anonymes, peur du vide, peur du faux pas, peur du regard d’autrui, peur de n’être plus rien…

Et, la meilleure façon pour eux de vaincre cette peur-là, oui, je vous l’affirme, est qu’ils soient accompagnés d’un chien-guide.


Catherine Oelhoffen

Date de création : 13/02/2008 @ 18:35
Dernière modification : 13/02/2008 @ 18:42
Catégorie : Cécité - Le dossier
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