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Vécu - Lisaëlle

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Témoignage        Braille©CopyrightG5D/171Version html

Cher Ami,

J'ai lu avec grand intérêt le récit du parcours de Lisaëlle.

Je crains de n'avoir pas la compétence requise pour être d'une vraie aide, je ne puis que vous transmettre ma propre expérience de "devenue aveugle" ayant énormément souffert au cours de mon état de "malvoyante". Je crois qu'il est infiniment plus difficile d'assumer cet état entre deux états que de basculer dans la vraie cécité.

Je crois aussi que l'on demande trop à ces enfants que, par un souci ô combien légitime quant à leur avenir, on veut à toute fin intégrer au monde des voyants alors qu'ils ne le peuvent pas ou tout du moins s'ils y parviennent un peu, cette réussite est obtenue à quel prix !

Je peux sans peine imaginer les efforts de Lisaëlle face aux difficultés rencontrées au milieu d'enfants "ordinaires", impitoyables et totalement étrangers à ses problèmes !

Je peux également sans peine imaginer les efforts de Lisaëlle pour s'acharner à "être comme les autres", pour faire semblant de. . ., pour parvenir à lire quelques lignes, etc…! C'est épuisant, inhumain, au delà de tout ce que les voyants pourraient eux-mêmes assumer, une situation générant une dose de stress permanent, des complexes et autres conséquences : la sensation d'être toujours en défaut, coupable de ne pas pouvoir faire ce que les autres attendent de vous, désolé d'être dans l'impuissance de satisfaire Papa et Maman, un contexte qui à lui seul pourrait expliquer le "manque de concentration" incriminé.

Je comprends également sans peine le bonheur de Lisaëlle se retrouvant au milieu d'enfants totalement aveugles, ne semblant pas malheureux, parvenant à réaliser beaucoup de choses malgré leur handicap. Pour elle, quelle découverte ! Elle qui n'est pas aveugle ! Au milieu de ses futurs petits camarades, enfin elle ne sera plus en moins, elle sera en plus ; elle n'aura plus à solliciter leur aide mais au contraire, c'est elle qui pourra leur apporter la sienne! Revirement total de situation, enfin reposante, où elle n'aura plus besoin d'user de subterfuges, où tout sera vrai, naturel, où je le crois très sincèrement, elle trouvera une porte pour s'épanouir.

Je suis bien persuadée néanmoins que tout ne sera pas facile pour autant. Il faudra compter avec la séparation, l'internat et ses inconvénients, les nouvelles exigences du braille et de tout le reste…

Pour répondre plus précisément à certaines des interrogations formulées, je crois que :

- Oui, il est important que Lisaëlle apprenne le Braille ; même si elle possède parfaitement les nouvelles technologies à la portée des amblyopes, cette connaissance ne pourra que lui être un plus.
- Non, ce n'est pas dramatique que Lisaëlle se retrouve dans un grand bâtiment aux allures de caserne, dans des salles qui sentent la cire : c'est au contraire une bien belle valeur qui se perd dans nos immenses établissements scolaires dépourvus de toute personnalité, où l'on rentre comme dans un moulin, où la drogue et le reste circulent en toute impunité.

- Non, Lisaëlle ne sera pas triste d'être parmi des enfants aux yeux blancs qui marchent en tâtonnant ; c'est là, la propre peur des parents, leur peur de voir un jour leur petite fille ressembler à ces enfants là.
- Oui, le risque est réel que Lisaëlle adopte l'attitude de ces enfants, qu'elle se conduise en aveugle mais il suffit d'en être averti pour y palier; je suis bien persuadée qu'elle sera entourée de psychologues et autres éducateurs qui lui rappelleront qu'elle, elle voit.

Ceci étant posé, l'INJA est à mon sens, (avec peut-être l'école de Villeurbanne), la seule possibilité sérieuse pour un enfant déficient visuel de poursuivre des études normales, sans craindre de le voir mis dans une sorte de "ghetto" ou, pour le moins, mis sur une voie de garage (comme c'est le cas dans bien d'autres eacute;tablissements dits "spécialisés")…

J'ai, de par mes fonctions (puisque nous accueillons chez nous les aveugles en quête d'un chien-guide), l'occasion de rencontrer bien des non-voyants parmi lesquels des femmes aujourd'hui âgées de la soixantaine, des femmes qui, pour seulement avoir la chance d'apprendre à lire, écrire et compter, pour parvenir à peine jusqu'au certificat d'études, ont dû quitter leur famille dès la maternelle pour rejoindre quelque institution religieuse (toujours très éloignée du milieu familial) ; celles-ci ne rentraient chez elles que lors des grandes vacances ! Toutes me disent avoir vécu l'enfer ! Il n'existait rien alors pour les petites filles. Si aujourd'hui l'INJA ouvre ses portes aux amblyopes, c'est une victoire, il faut s'en réjouir et Lisaëlle a finalement de la chance d'être parmi les premières élèves à bénéficier de ce progrès. Il faut beaucoup l'encourager, elle a sûrement un grand besoin de sentir que Papa et Maman eux aussi, sont heureux de cette décision.

Catherine Oelhoffen, vice-présidente de l'UASO

Juin 2000         Sommaire

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Date de création : 16/11/2003 @ 18:17
Dernière modification : 29/11/2003 @ 18:21
Catégorie : Vécu
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